navigation   le site   \  le blog vendredi 23 octobre 2020      
 En Silence. 
Un aspect souvent méconnu, mais qui a une très grande importance quand on fait des photos de spectacles, c'est l'obligation de parfois respecter le silence.

Alors que, dans les concerts de musique amplifiée, il faut se protéger du volume très élevé à l'aide de bouchons d'oreilles, il y a certains spectacles pour lesquels on entendrait une mouche voler, comme en théâtre, musique classique, danse.

Il convient alors de réaliser les photos de manière à ne pas déranger le public (souvent très pointilleux), mais aussi les artistes sur scène (cette règle vaut aussi pour les musiques amplifiées, mais elle prend une toute autre dimension dans le cas que nous abordons ici).

Bien entendu, le petit "bip" produit par le boîtier quand la mise au point est faite doit être désactivé.
Mais le bruit produit par le réflex lors du déclenchement, lui, il faut faire avec.
Autant dire qu'avant d'appuyer sur le bouton pour faire la photo, il faut bien avoir préparé sa prise de vue, car le nombre d'essais est limité, voir inexistant.
Savoir reconnaître quelle sensibilité ISO il convient de choisir au vu de la lumière ambiante.
Savoir déclencher sur les temps forts en termes de volume sonore (quand il y en a), et, si possible, au moment où l'action du sujet est intéressante.
Faire preuve d'une extrême discrétion en ne se délaçant pas (une fois, en musique classique, obligé de changer d'angle de vue -en fond de salle-, j'ai quitté mes chaussures qui, mouillées, faisaient trop de bruit. J'ai tout de même réussi à me déplacer discrètement... en chaussettes !)
Le tout associé avec l'intensité lumineuse de la scène, plus ou moins faible, à considérer.
Cela fait vraiment beaucoup de paramètres à prendre en compte :)

Tout cela débouche sur des moments très longs, pendant lesquels on attend de pouvoir faire la photo. Parfois 20 minutes à attendre avant de pouvoir appuyer une fois.

En mars dernier, le pianiste russe virtuose Grigory Sokolov se produisait seul à l'Auditorium de Dijon.
Je couvrais le concert pour le journal. Ambiance intimiste, Chopin comme répertoire, éclairage presque à la bougie. Pas beaucoup de notes graves d'affilée (les meilleures en terme de couverture sonore).
Vingt minutes après le début du concert, j'étais à genoux derrière un fauteuil du fond resté vide, l'objectif posé sur le dossier afin de soulager mon poignet, l'appareil réglé au 1/40ème de seconde et à 2000 ISOs...
Ce soir-là, il m'aura fallu 40 minutes pour enfin avoir une photo exploitable (mais pas inoubliable), sur les 4 faites...

Parfois on parvient à faire la photo pendant la répétition générale, le filage, c'est moins tendu qu'en représentation... mais pas toujours faisable en terme d'emploi du temps.

Il y a quelques temps, un ami photographe m'a fait essayer une moufle anti-bruit (utilisée par les photographes animaliers), dont l'utilisation était plutôt convaincante et dont le prix (moins de 100 €) était plus abordable que celui des caissons dédiés (plus de 1000 € !). Je vais sans doute me décider à en faire l'acquisition...

Ci-dessous quelques photos qui m'ont valu de sacrées crampes aux bras :)

La Belle Escampette (théâtre), festival A Pas Contés, Dijon, février 2014
photo non libre de droits

Cosi Fan Tutte (opéra), L'Auditorium, Dijon, mars 2012
photo non libre de droits

Les Acteurs de Bonne Foi (théâtre), théâtre du Parvis St Jean, Dijon, novembre 2010
photo non libre de droits

La Boîte Blanche (danse), L'Athénéum, Dijon, novembre 2011
photo non libre de droits


[5 commentaires]   |  permalien |   partager :

<< <Précédent | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | Suivant> >>